CrossFit ®* et forces de l’ordre : une relation très forte (partie 1)

Cet article est paru dans le WorkOut Mag’ n°23. Pour vous abonner au magazine, il suffit de cliquez ici !

À l’heure où le créateur lui-même du concept du CrossFit ®* décide de donner une orientation davantage axée sur la santé que sur la course aux médailles et autres money price, rappelons-nous pourquoi ce bon Greg Glassman a créé le CrossFit ®* et surtout pour qui.

Back to the roots

Au milieu des seventies, fort d’un background de gymnaste, Glassman conceptualise donc une méthode unique de conditionnement physique de type « entraînement croisé » en associant la gymnastique avec la force athlétique, l’haltérophilie et le sport d’endurance. Et quelle profession, quelle corporation, quelle institution se doit de pouvoir répondre à diverses sollicitations de citoyens pour protéger sa population ? Oui, les pompiers sont d’héroïques et admirables sauveteurs, oui, les militaires sont de valeureux et courageux guerriers, mais souvenons-nous que dans le premier centre affilié de CrossFit ®* ouvert à Santa Cruz en 1995, les tout premiers adhérents à la méthodologie du CrossFit ®* étaient les membres des services de police de Santa Cruz ! Union sacrée et sacrée union entre le grand manitou du CrossFit ®* et les tuniques bleues, entre le sacro-saint CrossFit ®* et ses apôtres qui servent et protègent. Et au regard de ce que les benchmarks comptent de WOD Heroes dédiés aux policiers morts en service, il est de bon ton de mettre à l’honneur ces gardiens de la galaxie qu’on appelle paix, ces hussards de la République, ceux qui œuvrent pour le respect de la liberté et s’opposent face à ceux qui voudraient y attenter.

Témoignages

Rencontres testimoniales avec ces acteurs de premier plan et en première ligne de défense des citoyens.

Ludovic, policier d’un commissariat de province:

« J’ai découvert le CrossFit ®* avec le projet d’intégrer un groupe d’intervention de la Police Nationale.Pratiquant de sports de combat, j’étais à la recherche d’une méthode de préparation physique permettant de développer en simultané les qualités athlétiques indispensables pour rentrer dans ce type d’unité. Entraîné par quelqu’un que tu connais très bien (rires), j’ai rapidement compris que cette discipline est en totale adéquation avec notre «vie» de policier. Être prêt pour tout, tout le temps, voilà ce que la mission principale de protection de la population nous impose : devoir courir, sauter, franchir un obstacle, monter dix étages avec du matériel d’effraction et de protection lourd (casque de protection balistique, gilet porte-plaques), encaisser un choc ou encore riposter face à un individu dangereux, tout cela nous impose obligatoirement d’être physiquement au point et préparé. Pour ma part, je cherche toujours à combiner mon WOD avec les nécessités de ma vie pro, du cardio, de la force, de la gymnastique afin de m’assurer le maximum de polyvalence. Si le CrossFit ®* constitue une magnifique méthodologie d’entraînement ultra-complète, il n’en reste pas moins ouvert à tous, quel que soit son niveau de condition physique, sa détermination, son âge ou son sexe. Nécessitant peu de matériel pour se mettre en difficulté, nous pratiquons souvent des WODs à haute intensité dans mon commissariat avec des collègues de tous les horizons (identité judiciaire, enquêteurs, collègues de terrain) et cela constitue donc un moment privilégié de cohésion et de « contagion sportive ». »

Brice, Officier de Police d’une unité de recherches et d’investigations pratique lui aussi le CrossFit ®* quotidiennement :

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours fait du sport. Mon père préférait que mes frères et moi pratiquions un sport plutôt que de traîner à droite à gauche les jours où il n’y avait pas école. J’ai donc pratiqué en club beaucoup de sports très différents tels que : le football, le rugby, le basket-ball, le judo (adolescence), l’haltérophilie (au lycée, niveau UNSS) puis la boxe française, le parachutisme et enfin la musculation. Je n’ai jamais atteint le haut niveau, mais j’ai toujours essayé de pratiquer sérieusement, surtout en haltérophilie pendant le lycée, puis en boxe française après la faculté. Une fois rentré dans les forces de l’ordre, le sport était un moyen de rester en forme et surtout de se canaliser pour évacuer le mauvais stress emmagasiné. Après avoir arrêté la compétition en boxe, et avoir grandement ralenti ma pratique sportive, l’absence d’objectifs et un laisser-aller dans l’hygiène alimentaire ont eu raison de ma forme… Je me suis pour ainsi dire empâté ! Par la suite, j’ai continué le sport, mais plus en dilettante, en pratiquant surtout de la musculation et je me suis vite rendu compte de ses limites et des miennes. Plutôt ouvert d’esprit, l’outil Internet m’a permis de découvrir des méthodes intéressantes d’entraînement type HIIT, cross-training, freeletics, calisthenics, street-workout, qui avaient un côté plus ludique et j’ai commencé un peu à m’y intéresser. Je me suis alors rendu compte que je n’avais plus de cardio, n’étais plus souple, n’avais pas de résistance… Bref que j’étais devenu médiocre malgré tous les sports pratiqués dans le passé et mes quelques heures de musculation hebdomadaires… À l’occasion d’une mutation, j’ai découvert que l’un de nos instructeurs en sport et tir féru pratiquant de CrossFit ®* avait réalisé la construction d’un formidable agrès de sport extérieur facilitant la pratique du calisthenics, du travail gymnique au poids de corps et… du CrossFit ®* ! Un poster sur les «WOD Heroes» était affiché sur l’une des portes. Plusieurs termes anglo-saxons y étaient mentionnés. Je m’y suis intéressé. À vrai dire, les WODs en question me semblaient alors hardcores, voire inaccessibles ! J’ai découvert ce qu’était le CrossFit ®* et forcément, j’ai été immédiatement séduit par la méthode qui mélangeait tout ce que j’aime : HIIT, TABATA, haltérophilie, force athlétique, gymnastique, athlétisme, PPG… Le top quoi ! Pris par le temps et le boulot, à mon grand dam, je ne me suis pas inscrit dans une box affiliée (c’est un tort !). Néanmoins, je suis devenu véritablement CrossFit ®* addict et il m’est désormais impossible de ne pas faire au moins trois à quatre WODs par semaine. J’ai même acheté du matos à la maison pour en faire les week-ends ou jours de repos. Bon, je suis lucide et n’ai pas encore le niveau pour claquer une perf au Fittest Cop, mais je m’entraîne et le cœur y est ! À mes yeux, le CrossFit ®* est bien plus qu’un sport. Il réunit toutes les composantes (hygiène, nutrition, récupération, assouplissements) pour être en meilleure forme et meilleure santé. Cerise sur le gâteau, le CrossFit ®* permet d’avoir, comme on dit dans notre jargon, «la caisse». Ce n’est pas pour rien que de plus en plus d’unités spécialisées des forces de l’ordre s’inspirent directement de WODs CrossFit ®* pour l’entraînement et travailler ainsi la condition physique de leurs membres. Pratiquer le CrossFit ®*, à condition de le faire intelligemment, n’a que des avantages, n’en déplaise à certains détracteurs des salles de fitness et autres technologies trop modernistes. Le CrossFit ®* m’a redonné goût à l’entraînement. Il y a véritablement un côté ludique puisque chaque jour d’entraînement peut être différent, il n’y a pas de monotonie dans le CrossFit ®*. La force, le cardio, la résistance, la souplesse sont mis à rude épreuve, mais les résultats viennent si l’on est assidu et sérieux. Le dépassement de soi est la clé pour réussir, quel que soit le domaine, d’ailleurs… Enfin, la reconnaissance de toute la communauté CrossFit ®* vis-à-vis des membres des forces de l’ordre décédés dans le cadre de leur fonction, à travers des WODs pour leur rendre hommage, nous touche forcément. Je parle là au nom de tous mes collègues. Il est important à nos yeux que la société se rende compte du sacrifice ultime de certains pour le bien de tous. »

Steve, membre d’un groupe d’intervention insulaire partage largement cet avis quant au bien-fondé du CrossFit ®* pour le travail opérationnel :

« Lorsque je décide de me présenter aux tests de sélection GIPN, j’avoue que je ne sais pas trop par quel bout commencer. Je demande donc conseil auprès de Jim, instructeur en sport et tir et que je considère comme le chercheur/explorateur/dénicheur du meilleur du fitness, toujours à guetter les dernières évolutions dans ce monde du fitness efficient et opérationnel et c’est lui qui va me suivre et me préparer jusqu’à l’échéance… et jusqu’à ma réussite ! C était fin 2011, début 2012 et si à l’époque on ne pouvait pas vraiment parler de CrossFit ®* au sens propre du terme, tous les ingrédients de sa programmation y étaient : mouvements fonctionnels, constamment variés, et réalisés à haute intensité (voir très haute !). À l’époque, on ne respectait peut-être pas tous les standards de l’activité, mais l’esprit était bien là. Tant et si bien que, après plusieurs mois d’entraînement, je passe avec vrai succès les sélections sans rencontrer de difficulté sur le plan physique. Aujourd’hui, lorsqu’un candidat me demande des conseils pour préparer physiquement les tests d’entrée à notre unité, je l’envoie vers le CrossFit ®* parce que c’est la méthode gagnante ! Début 2015, deux ans après avoir intégré l’unité, un copain du groupe prend contact avec Nicolas, coach d’une box de la région lyonnaise pour développer un partenariat. C’est le début d’une solide et étroite collaboration. Les coachs nous mettent au point des séances de groupe spécifiques après avoir évalué les exigences de nos missions. Si l’on met de côté les mouvements techniques d’haltérophilie et de gymnastique, la discipline est accessible à tous les collègues, quel que soit le bagage sportif. En dehors des qualités physiques qu’elle développe, elle renforce la cohésion et la communication lorsqu’elle est pratiquée en équipe. À mon sens, le CrossFit ®* représente la méthode de préparation la plus adaptée à notre métier : haute intensité des efforts, nécessité de récupération rapide pour pouvoir continuer nos tâches avec un maximum de lucidité. En bref, s’habituer à travailler dans l’inconfort et se préparer à l’imprévisible. Aujourd’hui en poste aux Antilles, nous développons également un partenariat avec Simply CrossFit ®* chez qui nous avons reçu un accueil chaleureux. »

« Tatane », coach « civil » dans une grosse box de la région Lyonnaise, coache également des membres d’une unité d’élite de la Police Nationale :

« Au début, se sont présentés à la box quatre policiers, membres d’une unité d’élite, pour parfaire leur pratique du CrossFit ®* débutée dans leur service. Faisant montre d’une grande discrétion, ils se sont mêlés aux WODs collectifs et ont d’emblée montré beaucoup d’engagements, tant et si bien que nous nous sommes vite connectés jusqu’à parler précisément de leur job que je ne connaissais que par ce que les médias veulent laisser paraître. Au départ, nous leur avons fait des séances issues du CrossFit ®* classique en petit comité et en individuel, avec pas mal d’haltérophilie et de gymnastique. Mais on s’est très vite aperçu que ce n’était pas complètement adapté. En effet, les hommes des groupes d’intervention ne sont pas comme les autres (il ne faut pas se leurrer, les mecs du groupe d’intervention ont quelques pathologies musculaires et articulaires dues à la pratique intensive des sports de combat, aux charges lourdes qu’ils doivent porter en intervention — 35 à 39 kilos de charge additionnelle — lorsqu’ils sont «équipés en lourd»). Ajoutez à cela des horaires difficiles, sans sommeil parfois, le stress et l’adrénaline permanente et les choses sont plus compliquées. Après une immersion dans leur service, j’ai bien visualisé toute la difficulté et l’éreintement provoqué par leurs missions, donc j’ai modifié leurs séances en leur proposant des sessions spécifiques et dédiées qui se composent comme suit : warm-up articulaire, puis un premier bloc cardio avec du run, burpees, rameur ou corde. Saut et grimper qu’ils maîtrisent parfaitement. L’accessory work est à base de kettlebells, avec swing et snatches, mais aussi du travail aux anneaux ainsi que du renforcement spécifique des ischio-jambiers, fessiers, lombaires, car ces groupes musculaires sont ultra-sollicités dans leur métier et c’est souvent synonyme de blessure. La deuxième partie est plus complexe, ce que je recherche, c’est les mettre dans des situations et tâches assez difficiles pour qu’ils s’adaptent, communiquent et prennent les bonnes décisions stratégiques pour que ce soit le plus facile possible.

Cette seconde partie est toujours faite sous la forme d’un WOD en équipe complète afin de rester dans l’esprit de cohésion qui est le leur. Cependant, j’exclus les exercices types d’haltérophilie lourds afin d’éviter des blessures qui leur seraient trop préjudiciables et les mouvements avec kettlebells sont préférés, associés à des mouvements gymniques basiques (tirages anneaux, tractions, pompes…). J’inclus aussi du travail de poussée avec Sled à réaliser en équipe, car les charges sont très lourdes. Enfin, il y a énormément de travail en déplacement lesté (buddy carry, farmer walk ou encore core walk et de l’isométrie en mode hold). Un de nos coachs, Nicolas, a fabriqué des palissades et cela leur permet de se livrer à des drills de franchissement d’obstacles pour eux et leurs équipements spécifiques qui demandent beaucoup de communication et de stratégie selon l’objet à déplacer. Bien sûr, au cours des WODs, je cherche à tester leur réactivité dans les transitions et les nouvelles tâches qui arrivent au fur et à mesure du WOD ! C’est là qu’ils sont vraiment très forts : en deux minutes ils trouvent la bonne solution, un prend le leadership et donne le tempo et surtout ils s’adaptent très vite. Honnêtement, ils sont impressionnants sur ces aspects-là. Je pense que sur des WOD tactiques comme ça, ils peuvent battre des équipes beaucoup plus fortes physiquement, juste parce qu’ils ont un temps d’adaptation, une organisation et une solidarité que peu de gens possèdent.

Ils ne cherchent pas toujours la performance ou l’exploit physique, mais vraiment le travail collectif qui les réunit et les fédère. Toutes ces qualités ne peuvent que conduire au plus grand respect de ces hommes de l’ombre. »

Par Jimmy Robert

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